Extrait « Tous ceux qui errent ne sont pas perdus »

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Mon ami et relecteur a dernièrement lu le roman que je suis en train d’écrire, Tous ceux qui errent ne sont pas perdus. Il en a tiré cette illustration (il fait le timide, il me dit que ce n’est qu’un pti coup de crayon, mais je le trouve très doué !).

Je voulais simplement vous faire partager ça. Donc je vous mets l’extrait qui va avec le dessin.

 » Cette soirée a été particulièrement éreintante. Il a du venir plus tôt, pour remplacer une collègue qui n’a prévenu personne de son absence. Il a enchaîné avec son service, qui a fini très tard à cause d’une bande de jeunes qui a trouvé que ce serait une bonne idée de venir dégueuler dans les chiottes du fast-food. Évidemment, il a du nettoyer. Et il se tient épuisé, devant son vestiaire, pas du tout certain qu’il aura la force de le déverrouiller, d’en sortir sa tenue « civile » et de se changer. Encore moins la force de rentrer chez lui. Il observe le métal gris de son casier plusieurs minutes avant de se décider à l’ouvrir. Il tend la main, s’y reprend à deux fois avant de réussir à insérer la clé dans le petit cadenas, et entend enfin le petit cliquetis révélateur. Il ôte le loquet, et ouvre le panonceau.

Et le referme aussitôt bruyamment. Il recule lentement, jusqu’à se retrouver adossé contre le mur opposé. Sa fatigue a disparu tout à coup. Envolée. Pfuiiit ! Il a déjà entendu des fameux pics d’adrénaline, mais il pensait pas que ça pouvait être aussi… décoiffant.

Il s’applique à respirer lentement et profondément, pour calmer les battements affolés de son cœur. Il songe même à rentrer chez lui de suite, dans son uniforme bleu et jaune, tout collant et poisseux. Mais ses clés sont dans son sac à dos, lequel est dans le casier. Il va falloir qu’il prenne son courage à deux mains. Dommage qu’il n’en n’ait pas huit, tel un Shiva masculin.

Johan se mordille la lèvre inférieure. Il décide qu’il lui faut une arme avant de pouvoir ouvrir ce fichu casier. Mieux vaut prévenir que guérir, comme on dit. Toutefois, où trouver une arme dans un Macdo ? D’un pas décidé, il retourne vers les cuisines, y attrape une spatule en métal et un gros pot de ketchup. Et repart vers les vestiaires, dûment équipé. Il avance à pas de loup, une main enserrant fermement la spatule, le ketchup calé contre son coude. Il s’avance pour la seconde fois vers son casier, et rouvre le cadenas, tout doucement. Puis, sans réfléchir de peur de se dégonfler, il écarte d’un coup brusque la porte et en asperge l’intérieur de ketchup en hurlant et en agitant sa spatule à l’aveugle.

Il recule et observe.

Le casier dégouline de ketchup, et Johan se dit qu’il va devoir rentrer en uniforme finalement. Ses vêtements « propres » sont couverts de mixture rouge. Mais, plus important, rien ne bouge. Lentement, très lentement, Johan s’approche, la spatule en avant. Il se fige quand il voit quelque chose remuer. Il ferme les yeux et tabasse le contenu du casier avec sa spatule. Un genre de feulement proteste. Et, sous les yeux écarquillés de Johan, la bestiole, Draken, sort du sac à dos où il dormait, enroulé, s’étire, regarde le jeune homme avec reproche, puis fait un pas. Il marche dans le ketchup, ôte sa patte du condiment, la regarde, la renifle, et donne un coup de langue. Il pousse un petit cri, l’air ravi, et saute dans la flaque, y patauge, et finalement, s’y roule. Il lèche la sauce directement sur lui, et commence à mordiller les vêtements de Johan, sans doute pour accompagner le ketchup d’un aliment plus consistant. Johan secoue la tête, mais Draken est toujours là. Il voit déchirer un morceau de tee-shirt et le mâchouiller consciencieusement. Il a un haut-le-coeur :

« Arrête tu vas te rendre malade !

Il tend les mains et attrape le dragon, puisque c’en est un, et l’élève à hauteur du visage pour lui parler en face. Il prend garde à bien tenir la bestiole à distance, histoire de ne pas se faire mordre le nez.

– Tu ne dois manger les vêtements, tu vas t’étouffer avec !

Et, comme le dragon semble plus intéressé par les traces de ketchup à portée de sa langue que par le discours de Johan, ce dernier ajoute :

– Arrête aussi de bouffer le ketchup comme ça, c’est dégueu et tu vas te rendre malade, va savoir quelles saloperies il y a dedans ! »

Il s’interrompt, il ne voulait pas être vulgaire, surtout devant… Oui, bref, Draken n’est pas un enfant ! D’ailleurs il continue à se tortiller pour se libérer de l’emprise de Johan dans l’espoir d’aller léchouiller la tâche qui orne sa chemise. Il finit par y parvenir, escalade le bras du jeune homme, puis son épaule, et s’y installe pour profiter de l’aubaine avec sa langue râpeuse. Sidéré, Johan reste ainsi en position de zombie, bras tendus vers l’avant. Les ronronnements du dragon peuvent parfaitement passer pour des « Braiiiins… » mal articulés. »

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Une réflexion sur “Extrait « Tous ceux qui errent ne sont pas perdus »

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