Passer son permis quand on est sourd-e (ou pas)

Vous avez bien kiffé mon dernier article sur mon rapport à ma surdité. Alors aujourd’hui, je vais vous raconter mon passage de permis de conduire.

Je vous préviens, vous allez vous marrer, mais vous avez le droit. la plupart de ces aventures auraient d’ailleurs pu arriver à n’importe qui, sourd  ou entendant. Les aveugles ne sont pas concernés, ah ah. Non ? Bon. J’ai un public difficile aujourd’hui…

Trève de plaisanteries nulles, je commence par le début (il parait que c’est mieux pour comprendre).

J’ai commencé permis et code alors que j’étais en première année de fac, soit en 2002. Je me suis inscrite dans l’auto école la plus proche de chez moi, un petit commerce de quartier, aux horaires souples et aux tarifs pas trop chers. Déjà, première erreur. Avant toute chose, essayez de vous renseigner sur l’auto école où vous vous inscrivez, n’y allez pas au hasard. J’ai appris plus tard que celle de mon choix avait de très mauvais taux de réussite et très peu de places pour présenter ses élèves. Deux critères qui sont mauvais signes. Mais bon, jeune et naïve, heureuse et pressée de partir à l’aventure, je n’ai pas cherché de conseils et j’y suis allée le baume au cœur.  J’ai eu mon code du premier coup au bout de 6 mois, un délai relativement normal, même s’il est tout à fait possible de le passer en nettement moins de temps.

Je suis passée à la conduite pratique, et au bout d’un an et de 50 heures de conduite environ, on m’a présentée à l’examen pratique, le permis en lui-même.

A noter : je n’ai jamais, au grand jamais, caché ma surdité aux moniteurs et monitrices, qui m’ont dit qu’il n’y avait pas de souci. De toute façon, difficile de la cacher. OK. Sauf que… Le jour dit, quelques minutes avant mon passage,  la monitrice accompagnante me souffle de cacher mes appareils avec mes cheveux. J’ai eu un mauvais pressentiment. Avec mes appareils de l’époque, c’était impossible, le frottement les faisaient siffler, c’était insupportable. La raison pour laquelle je portais les cheveux très courts. Je refuse donc, et je m’assieds à la place de la conductrice. Et là ça ne rate pas, l’inspectrice me sort « Pouvez vous me donner le certificat médical comme quoi vous êtes apte à conduire ? »

WTF ? Quel certificat ? On ne m’en a jamais parlé !

Et la monitrice derrière qui s’exclame « Je le savais ! ». Alors grosse cruche, si tu le savais, pourquoi ne me l’as-tu pas demandé avant ???

Impossible de passer l’exam. Sauf que, une présentation à l’exam, c’est pas gratuit. A l’époque c’était aux alentours de 100 euros, et quand on est étudiante, c’est pas rien ! Sans compter que le temps d’être présentée à nouveau, il faut reprendre des heures. Bref, je retourne dans les locaux de l’auto école, je pousse une bonne gueulante, et la gérante me sort : « On te fera ta prochaine présentation gratuite. Tiens voilà la liste des docteurs habilités à te faire un certificat recevable par la préfecture. Par contre, tu pourrais éviter de leur en parler à la préfecture ? »

Crois-y ma belle. Pour que tu arnaques un autre handicapé derrière ? J’arrive chez moi et de suite je passe un mail à la préfecture en leur expliquant la situation. Dès le lendemain je reçois une réponse que c’est inadmissible, que c’est de l’abus de faiblesse, qu’il allait y avoir une enquête. Ils s’excusaient de ne rien pouvoir faire financièrement pour moi, par contre.

1600 euros plus tard, je n’ai pas de permis et je suis bien dégoûtée. Mais cette auto-école a fermé un an après. Il me plait de penser que j’y suis pour quelque chose. Oui, je suis très rancunière, c’est pas beau.

Finalement, j’ai tout laissé tombé. Jusqu’en 2013. Date de notre voyage en Islande, vous êtes perspicaces, bravo ! Mon mari en avait un peu ras le bol de conduire tout le temps  ̶e̶t̶ ̶d̶e̶ ̶n̶e̶ ̶p̶a̶s̶ ̶p̶o̶u̶v̶o̶i̶r̶ ̶s̶e̶ ̶b̶o̶u̶r̶r̶e̶r̶ ̶l̶a̶ ̶g̶u̶e̶u̶l̶e̶ ̶a̶u̶x̶ ̶s̶o̶i̶r̶é̶e̶s̶.̶ Il m’a donc fait du chantage : passe ton permis et on part en voyage. Sinon pouêt.

10 ans s’étaient écoulés, j’avais dormi sur ma haine de la conduite et des moniteurs d’auto école. J’étais prête à retenter. Mais cette fois, j’ai fait mon enquête. Je voulais une auto-école qui tienne la route (ah ah !). Mon choix s’est porté sur l’ECF de Bron. A l’inscription, la secrétaire me donne un papier à remplir où il faut signaler tout handicap. Je coche donc la case déficience auditive. Et aussitôt, on me donne un papier où est indiqué quels médecins sont habilités à me fournir un certificat valable pour la préfecture. Alléluia ! Quel professionnalisme !

Je joins de suite un médecin qui me reçoit dans la semaine. Il souffle un peu, et me dit que vu ma perte d’audition, il me faudrait un interprète en LSF. A mes frais. Whaaat ? J’ai pas les moyens, ça me double le prix de l’heure (qui passe de 45 à 90 euros donc. Sachant qu’on m’a estimé 40 heures nécessaires vu mon niveau). Le médecin voit ma tête et me dit que de toute façon, avec mes appareils …  Par contre, de pas déconner, ne jamais conduire sans ! Je promets. Et donc, il me fait le certificat d’aptitude à la conduite.

Docteur, si vous me lisez, merci.

J’ai passé le code en 3 jours (3 jours très loooongs, où on te bourre le crâne de données qu’il te faudra connaître par cœur pour réussir l’examen théorique). Bon, je ne l’ai eu qu’au bout de la troisième fois, j’ai bien foiré (honnêtement, je ne foutais que dalle, donc ce n’est pas très étonnant. Le code, c’est du bachotage. Je l’ai eu quand je m’y suis mise, honteuse de ces deux échecs).

Par contre, la conduite je gérais ! Ça se passait super bien. Donc, au bout de 6 mois, l’ECF me présente. J’y vais confiante, armée de tous mes précieux papiers. Et là, c’est le drame. La préfecture a perdu mon dossier. Impossible de me présenter aujourd’hui. Bon, ça arrive, c’est pas de chance, je suis déçue mais je m’en remettrai.

Un mois plus tard, on me présente à nouveau. Vous ne pensiez pas qu’ils pouvaient me faire le coup deux fois ? Ne jamais sous-estimer l’administration française ! Je commence à penser que mon permis est maudit, que je ne suis pas destinée à conduire.

On me re-re-présente. Et là, tout va comme sur des roulettes, et je suis reçue ! Du premier coup ! Génial !

La voiture familiale est à moi ! C’est une vieille Xantia très bruyante et vibrante, je n’ai aucun mal à la prendre en main. Car oui, une voiture, on l’écoute pour la conduite comme il faut. Pour savoir quand passer la vitesse par exemple. Mais en février 2016, la voilà qui nous lâche. Je vous raconterai un jour comment on a perdu les freins sur l’autoroute.

Une Xantia c’était beaucoup trop gros pour me garer chaque jour en ville. Donc, mon choix se dirige vers plus petit, et j’ai une affection toute particulière envers les C3.  Vendu. J’en trouve une sympa sur Saint Etienne. Et voilà ma nouvelle voiture. Sauf que c’est une essence. Plus nerveuse et surtout plus… silencieuse ! Pour changer les vitesses, je dois regarder le nombre de tours / minutes sur le cadran. Bon, je m’y suis faite, je le fais moins désormais. Par contre j’ai encore beaucoup de mal à doser l’accélération au démarrage. Le démarrage en côte est un calvaire. Je cale moins qu’au début, mais encore beaucoup.

Les piétons paniquent quand je démarre, je fais trop ronfler le moteur parait-il. Moi, je me marre. Si un jour vous voyez une C3 grise qui semble vouloir vous écraser, faites-moi coucou !

Sinon, j’en suis très contente, regardez :

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Je l’ai même tunnée, ma caisse d’amour !

Comment ça, Simon’s cat et Resident Evil ça ne va pas ensemble ? OSEF !

 

Si vous me voyez, n’hésitez pas à me dire bonjour !

Et si vous avez des questions, posez-les moi ! Utilisez mon Facebook au besoin !
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Nota bene : l’écriture de ce blog a été interrompue deux fois pour cause de besoin urgent de câlins.

 

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5 réflexions sur “Passer son permis quand on est sourd-e (ou pas)

  1. A reblogué ceci sur Digressions d'une dépressive chroniqueet a ajouté:
    Lors de mon premier passage de permis, je l’ai loupé, pour avoir oublié une priorité à droite. Je m’en souviens pas, c’est peut être là le problème.

    La seconde et dernière fois, j’ai frappé mon examinateur. Une voiture allait me griller la priorité à la sortie d’une pompe à essence – c’est un céder le passage virtuel – je l’avais bien vu le mauvais conducteur qui s’est dit « oh bah, c’est qu’une auto-école, je peux faire ce que je veux, mais il savait pas sur quelle conductrice il était tombé le bougre ! – bref, la voiture va pour me couper la route, l’examinateur pour me prendre le volant des mains (et je savais que c’était la radiation immédiate s’il touchait les pédales ou le volant), j’ai frappé sa main en disant un truc du style « pas touche ! », j’ai évité la voiture en klaxonnant mon mécontentement.
    C’était en février 1994, j’avais 19 ans, c’était offert par ma Mamie et je ne pouvais pas lui demander de payer plus pour mon permis.

    Merci Mamie.

    Et bon courage à tous pour votre permis, je ne voudrais pas le repasser aujourd’hui !

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    1. tu m’as fait peur quand tu dis que tu as frappé le mono 🙂 mais en fait tu lui as juste tapé la main comme à un gosse pas sage :p et tu l’as eu cette fois là donc ? ça va il était bien luné !

      J'aime

      1. Je crois qu’il a apprécié le fait que :
        1/ j’avais anticipé ce qu’allait faire la voiture en pensant que j’étais débutante sur la route… depuis mes 10 ans en vélo… no way
        2/ je ne voulais pas coûter plus que nécessaire à ma Mamie
        3/ C’était une réaction plus qu’autre chose, je savais que c’était un 3ème passage si je ne l’avais pas cette fois là.
        Donc je l’ai frappé, et non, c’était vraiment plus fort que pour un enfant pas sage, encore que je n’envisagerais jamais une telle punition, jamais, jamais corporelle pour un môme, mais c’est moi, c’est mon rapport à l’éducation, et j’ai qu’à la fermer, j’ai pas d’enfant, un peu à cause de mon éducation, soyons honnête, mon cancer des ovaires, n’a rien à voir là dedans.

        Je pense surtout qu’il était « normal », pas imbu de lui même.

        J’ai géré la circulation, le type qui voulait me griller la priorité ET lui PLUS la pression d’avoir le précieux papier rose, dont on te donnait, à l’époque, une version temporaire en main propre dès la sortie du véhicule.
        C’était une autre époque, 20 ans… et je voudrais pas le passer maintenant pour tout l’or du monde ! ^^ »

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  2. la dernière réforme a bien amélioré les choses, maintenant tu gagnes ou tu perds des points selon tes actions, et il faut la moyenne. L’avantage c’est que toutes les actions sont données à l’avance, on connait le barème de notation. Et il existe toujours des fautes éliminatoires, genre griller une priorité, prendre un sens interdit…. les trucs dangereux quoi ! Le problème reste les délais.

    Aimé par 1 personne

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