Les petites reines, un livre à chérir et à rire

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Comme vous le savez si vous me suivez régulièrement, ou comme vous l’allez l’apprendre si vous venez ici pour la première fois (vous auriez pu faire un effort), je suis documentaliste dans un établissement lyonnais. Une de mes collègues a mis dans notre fonds le livre Les petites reines, de Clémentine Beauvais. Je l’ai côté, enregistré et couvert et donc, le livre et moi avons fait connaissance avant même de commencer à nous lire.

Ce premier échange de regards nous a mutuellement beaucoup plus, si bien qu’avant de le mettre en rayon, je l’ai glissé dans mon sac pour le lire chez moi.

Et lors des premières pages, je ne parvenais pas à m’arrêter de rire. Le temps de me faire au style de l’auteure, frais et décalé. Je me permets de citer les deux premières phrases : « Ca y est, les résultats sont tombés sur Facebook : je suis Boudin de Bronze. Perplexité. Après deux ans à être élue Boudin d’Or, moi qui me croyait indéboulonnable, j’avais tort ».

Voilà qui annonce la couleur ! Par « Boudin » on entend évidemment « fille laide » et non charcuterie. Mais les trois Boudins vont s’allier, pour partir à Paris à vélo, et vont financer ce voyage en vendant des… boudins (des charcuteries cette fois, et non leur corps, suivez un peu, au fond !). Ce projet aura l’heur de déplaire profondément à l’organisateur du concours de boudins, un jeune crétin du nom de Malo, qui ne supporte pas qu’une femme puisse exister pour autre chose que son physique. Dommage pour lui, il est tombé sur des jeunes intelligentes et futées, qui vont lui coller la honte tellement il est con comme un nuiton (lisez les romans de Karim Berrouka si vous volez comprendre la référence) et soyons honnêtes, on est bien content-e-s que ça arrive.

L’histoire, originale, est racontée avec beaucoup d’humour, et aborde des sujets graves avec une légèreté qui les dédramatise, mais surtout, donne des éléments de réponse, pour qui manquerait d’esprit de répartie. Le livre donne un excellent conseil à ce sujet (je ne le cite pas, car je ne sais plus à quelle page c’est dit) : quand on vous insulte, prenez les mots et utilisez-les en chapeau. C’est ainsi que le harceleur de Mireille, une des Boudins, se fait appeler, devant elle, « Bébé » par sa copine. Mireille va aussitôt adopter ce surnom qui sonne tellement ridicule dans sa bouche ! C’est également comme ça, que, tout au long du roman, elle se pare et se vante de son aspect de Boudin. C’est fabuleusement décomplexant.

Ce roman est une critique acerbe, qui pointe dans les côtes, vous savez, là où ça fait bien mal, diktats qui régissent corps des femmes, avec modernité. Le texte est émaillé des tweets et des commentaires que les gens postent sur Internet. Et Mireille pose cette question très juste : qui sont ces gens qui insultent ainsi par écran interposé ? Ils mangent, boivent, travaillent vont à l’école comme tout le monde ?

Au delà de l’histoire, on adore le style de l’auteure. Elle a le chic pour utiliser des mots qu’on imaginerait pas l’un à côté de l’autre. Ainsi, des images farfelues se glissent dans notre esprit. Par exemple un château éclate à l’horizon. C’est peut-être (certainement) moi qui ait un cerveau tordu, mais de suite, j’imagine le château exploser comme une pomme trop mûre qui tomberait au sol. le truc gluant, écoeurant, et fascinant.

Régulièrement, l’humour employé devient noir, grinçant, tout en restant allègrement plein d’auto-dérision. C’est ainsi que Mireille annonce un jour à sa mère que rétrospectivement, je me serais avortée. Le texte est aussi émaillé de comparaison bizarres comme gentil comme un poulet rôti, ou se sentir comme du lait qu’on fouette pour un cappuccino.

Ce road-movie agit comme un délicieux feel-good (zavez vu comme je cause bien le franglish ?). On referme le livre plein de bonne humeur, et plein de résolutions nouvelles pour lutter contre ces personnes stupides qui jugent sur le physique. C’est décidé, on ne laissera plus ça passer !

Pour preuve, je vous mets une photo de moi au réveil ! (non faut pas déconner non plus)

 

Les petites reines, de Clémentine Beauvais
aux éditions Sarbacane

 

 

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