L’égalité des sexes passera par la langue

Récemment, une polémique a eu lieu sur Twitter. Vous n’êtes sans doute pas passé-e à côté :Capture du 2017-08-16 12-32-41.png

Mon entourage est plutôt sensibilisé au féminisme, donc, par bonheur, je n’ai pas eu à essuyer trop de remarques insultantes ou méprisantes, à part un. C’est d’ailleurs ce post qui m’a fait réaliser qu’un article explicatif ne serait pas du luxe.

Alors tout d’abord : qu’on soit pour, contre ou sans opinion sur le mot « femmage », rien ne justifie la réponse mise en valeur par les Répliques. « On va finir par leur donner un pays », c’est du même niveau que de dire « les musulmans doivent retourner chez eux ». Le féminisme n’est pas une nationalité et balancer ça avec tout ce mépris, c’est injurieux.

Ensuite, mettons de côté notre opinion, fracturons-nous le crâne pour apporter un peu d’oxygène au cerveau et étudions les mots « hommage » et « femmage ». Femmage a-t-il lieu d’exister ?

Commençons par la définition actuelle d’hommage, selon le Larousse. Hommage. Don qui exprime le respect, l’admiration, la reconnaissance de quelqu’un ; marque de respect : Agréez cet hommage de ma sincère admiration. Acte par lequel le vassal se reconnaissait l’homme de son seigneur. (L’hommage était suivi du serment de foi.) 

On constate que ce mot est profondément historique puisqu’on y parle de vassal de seigneur. Un petit coup d’œil à l’étymologie alors ? C’est trop long pour être copié ici, mais vous pouvez aller voir sur le Littré, une référence sûre en la matière. On notera surtout :

Terme de féodalité. Promesse de fidélité et de devoirs faite au seigneur par le vassal ou homme.
Quand on parle de féodalité, vassal et seigneur, on parle bien d’obéissance et de servitude.  Par ailleurs, on note l’absence de majuscule à homme, ce qui signifie qu’on ne parle pas de l’espèce humaine en général, le Littré n’aurait pas fait cette erreur.

Le terme hommage a donc une racine profondément masculine. Une femme devait obéissance à un homme comme une vassal à son seigneur.

Dans le post qui se plaignait de l’extrémisme féministe dont je parlais au début, on m’objecte qu’on ne peut pas prendre la définition de tous les mots pour en rappeler les racines. C’est vrai. Ce serait un peu vain. La langue évolue et les définitions qui avaient cours hier ont changé aujourd’hui.

La langue évolue. Et oui. Donc pourquoi ne pas créer un nouveau mot ? Après tout, on utilise plein de mots qui ne sont pas encore reconnus de façon académique, non entrés dans le dictionnaire. Geeker, chatter, ennuyant, fuiter, spoiler… On ne les enseigne pas à l’école, pourtant ils sont couramment utilisés par tous. Un de plus ou un de moins… Personne ne vous oblige à l’utiliser s’il ne vous plait pas.

Il me semble que le mot femmage s’inscrit dans un effort de féminisation de la langue. On se bat pour « autrice », nous autres femmes qui écrivons. On peut aussi préférer écrivaine (on m’a objecté que le mot est vraiment laid, avec ce « vaine » à la fin, comme si dans écrivain on n’entendait pas « vain »…) ou auteure (qu’on ne peut différencier  d’auteur à l’oral). Personnellement, j’utilise facilement le pronom personnel « iel » quand je ne connais pas le genre d’une personne, ou bien que celui-ci est une information complètement inutile. Pour un bébé par exemple. Qui n’a jamais louvoyé de peur de se faire reprendre « ce n’est pas un garçon ! » ou « mais c’est une fille ! ». Dire « iel est éveillé-e » nous sort de bien des ennuis. C’est ce qu’on appelle l’écriture inclusive. Il s’agit d’un vrai neutre, pas d’un masculin qui l’emporte par défaut.

A ceci, on m’a objecté qu’à part moi et un autre contact, personne ne l’utilise. Oui, c’est peu usité car très méconnu. Sorti des sphères du féminisme, on le voit guère. Il y a 20 ans, personne n’utilisait le mot docteure. Il est passé dans le langage courant aujourd’hui et son utilisation est même recommandée par le gouvernement, même si toujours considéré comme un barbarisme par l’académie française. Il faut bien commencer par quelque part. Heureusement que la langue ne se limite pas aux 6 ou 7 mots ajoutés annuellement dans les dictionnaires ! Nous ne vivons pas le roman 1984 où les élites décident quels mots peuvent être utilisés ou pas. Donc, aujourd’hui, 2 contacts, demain 3, la semaine prochaine 5… Les changements sont lents. Mais ils sont là.

J’ai des personnes LGBT dans mes contacts, et celleux sont bien content-e-s de pouvoir utiliser un genre neutre, non opprimant. Une personne trans préfère qu’on utilise un pronom personnel neutre plutôt qu’on la mégenre. L’évolution de la langue permet donc de ne plus invisibiliser les minorités. Il y a un véritable effort à faire pour mettre en place un réel genre neutre en français. Comme on l’a vu, seule l’utilisation amène la validation, alors allons-y Alonso !

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On s’est un peu éloigné du sujet principal. Si vous voulez en apprendre plus sur le genre neutre en français, je vous conseille l’article d’Unique en son genre, qui permet d’entrer facilement dans le sujet. Il faut savoir que le neutre français en est à ses tous débuts et est encore en mouvement.

Revenons au mot femmage. Nous avons vu que son pendant masculin vient d’une culture patriarcale à l’heure où l’on ne la discutait pas. Donc, finalement, aujourd’hui qu’on la discute et même qu’on la combat, pourquoi ne pas instaurer un mot féminin ? Comme on l’a dit plus haut, personne ne vous oblige à l’utiliser s’il ne vous plait pas. Donc au pire, cela vous laissera indifférent (m’est avis que si le sujet vous laisse indifférent-e, vous n’aurez pas lu jusqu’ici). Toujours dans le post qui m’a donné envie d’écrire cet article, on me répond que c’est du féminisme extrémiste.

Ce qu’on appelle le féminisme extrémisme, ou radical, c’est quand on inverse les oppressions. Les hommes deviennent opprimés pour payer les siècles d’oppression vécus par les femmes. Est-on dans ce cas de figure ? Clairement non. L’invention d’un nouveau mot ne lèse en rien ces messieurs, puisqu’on ne supprime pas le mot masculin ni ne les empêchons de l’utiliser. Il s’agit juste… d’égalité.

Enfin, on m’objectera qu’il y a bien des combats qui sont plus important et méritent d’être menés au lieu de ça. A mon sens, le combat de la langue doit être mené, et vite. Comment veut-on que des petits garçons de 6 ans ne se sentent pas supérieurs aux filles quand ils apprennent que le masculin l’emporte toujours ? Comment veut-on que des petits filles ne sentent pas invisibilisées parce que le métier qu’elles veulent faire n’a pas de féminin ? La langue est le miroir de la façon de penser d’un peuple. Changer la langue, c’est changer les mentalités. Si l’on change de mentalité, la langue doit s’adapter : aujourd’hui, on ne dit plus nègre, considéré, à raison, comme profondément raciste.

La création de mots féminins a du sens, et il faut nous efforcer d’intégrer ces mots à notre vocabulaire courant.

Et, je le répète, si vraiment ça vous semble impossible, pas de problème, en aucun cas nous n’y êtes obligé-e. Simplement, gardez à l’esprit que pour de nombreuses personnes, ce détail qui vous a énervé-e est important et est l’objet d’une lutte justifiée. Donc, s’il vous plait, pas de mépris. On garde l’esprit ouvert et au lieu de crier au féminisme extrémiste, on écoute les arguments des concerné-e-s.

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